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Tout public, Culture

Exposition « Réparations » de Jonathan Loppin

Exposition à l'UFR Santé, campus Martainville.
Dans le cadre du programme In situ initié par la DRAC de Normandie avec le soutien de la région Normandie.

Réparation #1 (détail), 2017 - © Jonathan Loppin

Réparation #1 (détail), 2017 - © Jonathan Loppin

L’exposition de Jonathan Loppin rassemble des nouvelles pièces que l’artiste a choisi de dévoiler dans le contexte particulier de la faculté de médecine.
Les quatre œuvres présentées : Réparations, Convalescence, Stigmates et Les dormeurs questionnent l’idée de sculptures post-traumatique.

Vernissage de l'exposition mercredi 13 décembre à 18h, à l'UFR Santé, rue Martainville à Rouen.

Réparations – le tiers état
Invité par l’Université de Rouen Normandie, Jonathan Loppin (né en 1977, vit et travaille à Rouen) a choisi la faculté de Médecine pour montrer un ensemble de pièces, réunies sous le titre Réparations.

Le terme désigne un processus ou un acte visant à restaurez l&rwqUo;état antérieur d’un objet ou d’un corps blessé, détruit, abîmé, brisé*. La réparation succède donc à un événement premier ayant privé l’objet ou le corps de son intégrité. Si elle vise à retrouver un état premier, elle n’est toutefois pas un retour en arrière. Elle n’annule pas le geste qu’elle répare mais l’intègre, pour amener l’objet ou le corps à un tiers état : entier – cassé – réparé.

Dans une faculté d’histoire ou de droit, Réparations aurait convoqué la guerre jamais loin dans le travail de l’artiste. Ici, la réparation invoque un rapport au corps et ses accidents, à son altération et sa guérison. Dans Convalescence (2016) : des fragments de béton armé – décombres d’une exposition qui avait nécessité de creuser le sol – sont répartis sur un plateau de verre posé sur tréteaux. Les fragments de béton, hérissés de fers, recomposent là un paysage de ruines à échelle réduite. La pièce répond à une série de maquettes sur table, les Promotions immobilières, réalisées par l’artiste à partir de maquettes de promoteurs immobiliers qu’il détruit. Elle y répond en en retournant le processus : Jonathan Loppin recueille là les débris d’un geste réalisé par d’autres.

La réparation évoque, deuxièmement, le « fait pour un organisme de se rétablir, de revenir à un état normal »  – on pense à la cicatrisation comme processus d’auto-réparation. Ainsi les pièces de bois de Stigmates (2017), ready-mades provenant d’une entreprise de la zone portuaire rouennaise, portent les traces des poids (des empilements d’IPN, poutres métalliques profilées en I) qu’elles ont supportés et qui les ont marquées, parfois déformées, voire éclatées. Elles ont pris l’aspect de totems ou de fétiches vaudous – reliques relevant d’un culte profane, qui aurait à voir avec le travail, la manutention, l’industrie et ses matériaux.

Dans la série éponyme, Réparations (2017), l’artiste procède lui-même à la dégradation de l’objet réparé – des encadrements ordinaires, achetés d’occasion, dans lesquels il tire avec une carabine à air comprimé. Le verre brisé est reconstitué selon la technique de vitrail Tiffany, du nom de son inventeur, un Américain de la fin du 19e siècle. Chaque exemplaire de la série enregistre ainsi la trace d’un impact, comme le souvenir auquel le verre brisé puis réparé se substitue.

Les Dormeurs (2017), enfin, réunissent un ensemble de visages qui n’ont rien d’autre en commun que leurs yeux fermés. La série est née d’une trouvaille fortuite : le buste en bronze d’un homme médaillé. De facture précise, l’hommage rendu est toutefois atténué par la petitesse du visage, reproduit à échelle réduite, lui donnant paradoxalement un caractère modeste. De cette rencontre initiale, naît l’intérêt de l’artiste pour les masques mortuaires. De façon révélatrice sans doute, il réunit des hommes illustres, des femmes inconnues et un condamné à mort. Après cette ultime dommage qu’est la mort, le masque mortuaire immortalise un visage qui n’a plus vraiment l’apparence du vivant : les muscles relâchés, les os, les cartilages, les plis de la peau et les amas de graisse saillent, transfigurant le sujet, qui n’est ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre . Authentiques moulages pour certains, portraits sculptés pour d’autres, ces visages nous font face et pourtant ne nous regardent pas.

A travers cet ensemble de pièces, Jonathan Loppin nous invite à reconnaître une forme à travers le chaos né d’un geste de destruction dont il est parfois l’auteur, parfois le complice et au moins le témoin - et qu’il vient, là, réparer.

Julie Faitot, novembre 2017

* Selon le dictionnaire Larousse, « réparation » désigne 1. « Action de réparer quelque chose d’endommagé »  ; 2. « Fait pour un organisme de se rétablir, de revenir à un état normal » ; 3. « Action de réparer une faute commise, le préjudice moral qu’on a causé à quelqu’un ». Il précise qu’en droit, une réparation constitue le « dédommagement d’un préjudice par la personne qui en est responsable, soit par le rétablissement de la situation antérieure, soit par le versement d’une somme d’argent, c’est-à-dire de dommage-intérêts ». Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/réparation/68319 (20 novembre 2017)
 


Informations pratiques :

Date de l'évènement : du 13 décembre 2017 au 16 février 2018
Lieu(x) : Site de Martainville, Université de Rouen Normandie

Contact :

Pôle Arts Visuels

MAISON DE L'UNIVERSITE


Publié le 21 novembre 2017

mise à jour le 30 novembre 2017



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